Fashion Week

Fendi et Karl Lagerfeld, le dernier hommage

Avec le mont Palatin en toile de fond, Silvia Venturini Fendi a rendu un ultime hommage à Karl Lagerfeld à travers 54 silhouettes saluant les 54 années du Kaiser en tant que directeur artistique de la marque romaine.
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Près trois jours de haute couture parisienne, Fendi nous avait donné rendez-vous sur le mont Palatin, l’une des sept collines de Rome. Là où Romulus posa la première pierre. Un lieu chargé de symboles, là où tout a commencé pour la Ville éternelle mais aussi pour Karl Lagerfeld et Fendi, il y a 54 ans. L’histoire débuta avec les cinq sœurs Fendi – Paola, Anna, Franca, Carla et Alda –, surnommées “les cinq doigts de la main”. À cette époque, en 1965, le designer allemand, déjà repéré par Pierre Balmain et Jean Patou, accepta l’invitation de la famille Fendi à reprendre la direction artistique de la marque, avec pour seule condition : “S’amuser, pour tout révolutionner”.

Dans les années 1990, Silvia Venturini Fendi (fille d’Anna) rejoint l’aventure, elle qui avait rencontré Karl à tout juste 4 ans. Elle va enfin travailler à ses côtés, lui au prêt-à-porter, elle aux accessoires. Une collaboration qui n’aura jamais cessé avec plusieurs dizaines de défilés et autant de souvenirs, comme le défilé sur la Grande Muraille de Chine en 2007, ou celui de haute fourrure “Légendes et contes de fées” qui s’imposa au pied de la fontaine de Trevi en 2016, théâtre de la scène d’anthologie du film La Dolce Vita, de Fellini.

Pour célébrer une telle collaboration,l’hommage devait être à la hauteur, et il le fut.

À cette occasion, Fendi a fait appel à son plus beau carnet d’adresses : Catherine Zeta-Jones et sa fille Carys Douglas, Susan Sarandon, Zendaya, Sarah Snyder, Francesco Vezzoli, Haider Ackermann, Mariacarla Boscono, Alba Rohrwacher... mais aussi à ses collaborateurs et amis proches. Avec
le designer, rien n’était impossible. Les limites n’étaient là que pour être repoussées, et c’est encore une fois ce que les ateliers de la marque nous ont prouvé ce soir-là avec ce défilé haute couture qui n’est pas sans évoquer le savoir-faire de la marqueterie de marbre dite opus sectile.

Baptisée “The Dawn of Romanity”, cette collection célèbre Rome dans toute sa gloire intemporelle avec, d’une part, la rigueur et les motifs géométriques de l’architecture classique et, de l’autre, la nature. Mais par-dessus tout, l’allure cinématographique de la femme romaine. En prenant pour source les pages de Marmore Romana, de Raniero Gnoli, la créatrice explore les métamorphoses du marbre, entre beauté et imperfection, et l’impose comme l’imprimé star
de cette collection avec ses veines cristallines et ses couleurs fantasmagoriques. La première silhouette en costume de laine feutrée blanche donne le ton du  défilé très seventies avec veste à rabats pointus et pantalon large. Nombreux sont les manteaux légers aux multiples bandes de fourrure ou tout en texture. On joue la transparence d’une jupe, d’un soutien- gorge ou d’une robe très soir, le tout ceinturé haut. Le colorama est brun, beige, noir, blanc avec quelques effets de jade et de rose perle ou bleu très ciel. Toutes les filles sont coiffées d’une coupe pudding. Silvia Venturini Fendi rend hommage tantôt aux débuts de Karl, dont elle a sélectionné d’anciens croquis qui influencent certaines des silhouettes avec des lignes souples, des drapés amples, des épaules rentrantes ou des décolletés graphiques ; ou tantôt à Silvana Mangano dans Violence et Passion, de Visconti, en 1974.

Il y avait quelque chose de mystique dans ce défilé. Les robes flottant dans l’air, le ciel éclairé d’un croissant de lune. Et même si cette collection fait référence au passé, elle en n’est pas moins ancrée dans le présent, voire le futur comme Karl le visionnaire l’a toujours désiré. Ne pas regarder derrière soi, toujours penser à l’avenir, telle était la devise du designer que Silvia Venturini Fendi a respectée avec humilité, telle une dernière volonté

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