Hommes

Avoir des abdos en béton à la plage, c'est has-been

Concrètement, à l'heure où Instagram régie le monde de l'apparence, on pourrait penser que toute personne dénuée de matière musculaire au niveau des bras et du torse serait interdite de baignade publique. Pourtant, l'homme commence à s'émanciper des clichés du dieu grec. Et affiche une petite bedaine comme nouveau signe ultime de virilité. Une chance pour beaucoup.
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Aux prémices du top-départ des vacances d'été, beaucoup de personnes de constitution "normale" sombrent dans un profond désarroi. L'objectif "summer body" n'ayant jamais été atteint, la surcharge de travail des dernières semaines a provoqué un véritable pic de gluten et autres substances grasses ou réconfortantes, les fortes chaleurs empêchent de dormir et annoncent donc le bal des apéritifs en terrasse où le Perrier rondelle est proscrit. Un drame, pourrait-on dire, de ne pas maîtriser son corps, et de ne pas exhiber une plastique absolument parfaite lorsqu'il s'agit de faire tomber la chemise sur les plus belles plages de la planète. Pourtant, à l'heure où les "qu'en dira-t-on" sont source de disputes et de conflits, la meilleure solution serait en fait d'accepter la fatalité. La réalité. Et de rouler des mécaniques qui n'ont pas eu le loisir d'être huilées tous les jours depuis le mois de mars. 

Glamourisé par Martin Parr à travers sa série de clichés intitulée "Life is a Beach", le corps imparfait, vieillissant, le torse poilu et autres attributs normalement dénués de sex-appeal sont élevés au rang d'oeuvres d'art. Des plages de la Costa Brava à celles de la côte Amalfitaine, les daddies, guadjos et autres symboles du mâle en puissance font bande à part et prennent le parti d'exhiber un corps qui ne rentre pas dans les cases des canons de beauté voulus par les Men's Health et autres publications vantant les dieux grecs et athlètes comme seuls ambassadeurs suprêmes du sexe masculin au delà de 30°C. Et inaugurent de ce fait une vague d'acceptation du corps, qui fait aujourd'hui rage bien au delà du milieu balnéaire. 

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Car oui, on connaissait les nouvelles lois concernant les mannequins, qui, en dessous d'un certain poids et d'une certaine taille, ne peuvent légalement pas défiler. Mais les physiques atypiques, les "gueules" comme ont tendance à les nommer certaines personnes habituées au jargon, ont désormais plus de poids que les standards dits classiques de beauté. Il n'y a qu'à voir Eddy de Pretto, le talent français qui faisait la une d'un magazine masculin, succédant à des néo-beaux gosses, mais supplantant tous ses prédécesseurs en terme de retombées et de likes. La liesse qui lui est propre va des réseaux sociaux à ses concerts, où il enflamme une foule en délire aussi sûrement qu'un Eminem à l'heure de son come-back, le tout sans belle gueule de leader de boysband à son actif. 

L'homme le plus détesté d'Amérique ne déroge pas, non plus, à la règle. Bien loin de Donald Trump, ce n'est autre que Sebastian Bear-McClard, le petit-ami d'Emily Ratajkowski. Pas d'abdos saillants ni de plastique plus que parfaite à l'horizon, il est, bien que charmant et "mari de", un homme de composition normale. On est donc en droit de se demander si ce cliché bodybuildé a encore la cote, alors que son alter-ego imparfait mais plus réel arrive à séduire celle que l'on caractérise comme l'une des femmes les plus sexy de la planète. Et à l'heure où l'acceptation de soi et la lutte pour l'unicité fait rage, il semblerait normal de s'assumer comme on est. Avec les défauts, détails peu glorieux ou autres signes distinctifs pas forcément dits "glamour", qui construisent l'homme que l'on est. Et, moins philosophiquement parlant, qui prouvent qu'une personne normale est bien souvent préférée aux archétypes du mâle viril et dominateur qui était cool... il y a 15 ans de cela. 

 

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