Pop culture

Photographie: l'amour en image

Si les créateurs de mode nous ont habitués depuis peu à les voir travailler à deux, les duos créatifs existent aussi en photographie. Re et d’une génération où l’union fait la force, ils excellent dans l’art de capturer le cliché de mode. Sœurs, mari et femme, partenaires, amoureux, on vous tire le portrait de ces duos à l’objectif infaillible.
Reading time 7 minutes

Depuis 1839, la photographie de mode a fait du chemin, et l’approche des photographes aussi. D’une vocation commerciale, elle est passée à une appréhension artistique, où la mise en scène prévaut. Le photographe de mode prend peu à peu la casquette de directeur artistique, transposant sa vision à travers des éditoriaux magazine ou des campagnes de marque. Une surenchère d’exigences non seulement techniques mais aussi artistiques qui change la donne de la discipline et s’aiguise jusqu’à une technicité avancée dans le traitement des images. Certains, nourris par l’apport d’une perception d’un alter ego, optent alors pour la photographie à quatre mains. Qui tient l’appareil, qui dirige... répondre est peu pertinent tant ces duos créatifs apparus au milieu des années 90 ont instauré une démarche où l’alchimie donne naissance à une nouvelle esthétique visuelle. Il est en e et peu aisé de savoir qui signe véritablement le cliché, l’un ou l’autre, alternent-ils, se relaient-ils l’appareil, qui édite, qui choisit telle ou telle retouche, mais intéressant de se pencher sur ces tandems qui, œuvrant en synergie, livrent des clichés où transparaît non pas deux individualités mais la vision d’un duo.

MERT & MARCUS

Si l’on évoque la photographie de mode à deux, impossible de manquer Mert Alas et Marcus Piggott, tant par l’étenduede leur hégémonie sur les éditos mode de ces vingt dernières années que par leur capacité à faire un usage innovant de la technologie digitale. Ces jumeaux de la pellicule sont également nés la même année, en 1971. L’un issu de la musique, l’autre du graphisme, l’un turc, l’autre gallois, ils se rencontrent à une soirée à Londres en 1994. Piggott est alors assistant-photographe, Alas mannequin et le coup de foudre est immédiat. Devenus inséparables, ils montent leur modeste studio, commencent par des portraits informels d’amis et de connaissances avant de présenter leur travail qui rencontre un franc succès dès 1997 avec une première couverture pour le magazine pointu Dazed&Confused. Leurs compétences fusionnent un univers entre sensualité, sophistication, glamour et perfection qui séduisent magazines et marques prestigieux. Calvin Klein, Givenchy, Lancôme, Versace, Yves Saint Laurent, Christian Dior, Gucci, Pucci, Missoni, Miu Miu, tous plébiscitent l’allure de leurs sujets, le rendu surréel, à la chromie saturée. Leur démarche? Elle naît de leur dialogue - parfois houleux -, et ils photographient indifféremment, chacun tentant un angle qu’il pressent, avant d’éditer ensemble chaque cliché. S’ils a ectionnent le numérique pour la rapidité, et que la retouche est pleinement assumée chez eux, Mert et Marcus prônent l’importance du moment, du cliché, du “shot”, prépondérant par rapport à l’editing. Faiseurs d’images rêvées au préalable, ils parviennent aussi bien à immortaliser une mise en scène que de créer de bout en bout un tableau visuel, à la limite du fantastique. Leur vision d’une femme puissante, à l’énergie féminine électrique, est le fil rouge de leurs photos. Kate Moss, Gisele Bündchen, Natalia Vodianova, Lara Stone, toutes ont pris la pose devant leur objectif et en sont ressorties sublimées, magnétiques. En 2016, une exposition rétrospective, Mert & Marcus : Works 2001-2014, s’est tenue à Londres puis à Paris pour retracer le parcours en 18 images de ce tandem iconique de la photographie de mode.

INEZ & VINOODH

Inez Van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, enfants des 60’s, partagent leur amour de l’objectif et leur vie. Elle, photographe en herbe, lui styliste débutant, se rencontrent en 1986 à Amsterdam. Pendant quelques années, Inez photographie les vêtements créés par son conjoint. En avril 1994, ils signent ensemble la couverture du magazine The Face avec la série “For Your Pleasure”. Pour l’anecdote, cette même série, fruit d’un travail de deux mois, avait été commandée pour un magazine allemand qui l’avait publiée en omettant ses auteurs. Envoyée à The Face, elle est immédiatement retenue, propulsant le duo qui trouve un agent sur-le-champ et déménage à New York. Peu à peu, leur union photographique aux élans futuristes étonne et intéresse. Alors que l’esthétique grunge des années 90 domine, le couple propose en effet un travail coloré, énergique, hyper-réel, usant en pionniers du digital des ordinateurs dans le traitement de l’image et Photoshop, encore peu répandu à l’époque, dans la photographie de mode. Ils défient, réinventent, rajeunissent le secteur, le révolutionnent. En 2000, leur portrait de la chanteuse Björk achève de les révéler. Univers qui frise l’onirisme, usage du noir et blanc, audaces fantaisistes, le duo flirte avec une esthétique bizarre qui renouvelle la vision du beau. D’éditoriaux en clichés de super-modèles et de célébrités en passant par des projets où le genre est questionné, où les standards de la beauté sont mis en perspective, des films... plus que des photographes, ils se définissent en artistes visuels. Créateurs d’un parfum, de bijoux, réalisateurs de clips comme Applause, de Lady Gaga, ils s’essayent à plusieurs formes de création, et signent des campagnes iconiques pour Balmain, Nina Ricci, Isabel Marant, Balenciaga, entre autres. Inspirés par l’authenticité de la photographie documentaire, par le travail de Richard Avedon, Irving Penn, Helmut Newton, et Guy Bourdin, le duo néerlandais se distingue par sa virtuosité à appréhender la mode par le portrait.

ESTEVEZ & BELLOSO

C’est sur les bancs de l’école, l’Efti à Madrid (Centro Internacional de Fotografía y Cine) que Pablo Estévez et Javier Belloso se rencontrent et prennent leurs premières photos ensemble. Décidés à réaliser leur ambition (traduire s’imposer comme un duo dans la photographie de mode), ils embarquent trépieds et appareils pour New York. Quelques clichés plus tard, les deux complices peuvent se targuer d’un très beau début de carrière, et passent dès lors leur temps entre Madrid, Barcelone, Londres et la Big Apple. Les magazines Marie Claire, L’Officiel Ukraine, L’Officiel Hommes ou Rolling Stone sont friands de l’équilibre parfait entre technique et créativité qui caractérise leur travail. Netteté, sobriété, résultent d’une parfaite entente pour un duo qui partage tout : la pré-production, les shootings, l’éditing et la post-prod’. Cette cohésion transparaît à travers des clichés, notamment sur leurs séries mode indépendantes, à l’irréprochable précision.

DRIU + TIAGO

Driu Crilly et Tiago Martel, duo avant-gardiste, se forme à Paris. Pour Driu, né à Leeds dans la pluvieuse Angleterre, et Tiago, sous le soleil de Ijui au Brésil, les opposés s’attirent. Le premier, tout juste diplômé du Goldsmiths College de Londres, et le second, jeune mannequin, s’éprennent l’un de l’autre et entament leur collaboration artistique autour de la photographie d’art et le cinéma. En 2010, la photographie de mode les interpelle, poursuivant d’y intégrer leur intérêt accru pour le sujet, l’humain à travers l’image. Leur marque de fabrique? Le contraste entre l’épure et la sincérité crue dans un uni- vers pourtant artificiel. A rmation de soi, insolence délicate et humanité mise à nu se dégagent de leur travail que l’on retrouve de V Magazine à Vanity Fair en passant par The Edit for Net-a-Porter, Gerard Darel ou Dior.

Tags

Articles associés

Recommandé pour vous