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Musée: Éternel Yves Saint Laurent

L’ouverture du musée dédié au grand couturier est annoncée pour le 19 octobre prochain à Marrakech. L’occasion pour “L’Officiel Maroc” de visiter en avant-première ce palais couleur de terre, dernière œuvre voulue par Pierre Bergé en hommage à celui qui fût son compagnon pendant cinquante ans.
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Un jour particulier pour une visite qui l'est tout autant. Il est 8h du matin en ce 8 septembre 2017. Le monde de la mode et des affaires vient de se réveiller sous le choc. Pierre Bergé s'en est allé. À 86 ans, suite à une longue maladie, il vient de disparaître à quelques semaines de l’inauguration quasi simultanée de deux musées, à Paris puis à Marrakech, consacrés à l’œuvre de son ancien compagnon, Yves Saint Laurent, disparu il y a neuf ans. Autant dire que l’émotion est au rendez-vous. Devant le Jardin Majo- relle, à quelques pas du musée Yves Saint Laurent Marrakech, touristes et locaux sont venus lui rendre un dernier hommage. Un contexte particulier qui fait de cette visite un moment sin- gulier, incontestablement riche en émotions. Björn Dahlström, directeur du musée Yves Saint Laurent Marrakech, nous accueille. “Il s’agit d’un projet qui a été mené dans sa globalité par Pierre Bergé. C’est son projet. Il l’a voulu et l’a accompagné depuis le début et jusqu’au bout. Pas jusqu’à l’ouverture malheureusement. Personnellement, j’ai appris beaucoup de choses à ses côtés. C’était quelqu’un de généreux. Nous avons eu des rapports de grande qualité dans les échanges. Je l’ai rencontré il y a sept ans de cela, et ce qu’on faisait, principalement à Marrakech, l’intéressait beaucoup, notamment le Musée berbère. Il a donné de son temps d’éclectique dans son approche de la culture mais aussi de l’Homme en général. Il avait une appréhension singulière du monde. Personnellement, je lui en sais gré de m’avoir donné l’opportunité de travailler sur ces projets. Je lui en suis très reconnaissant.”

Patrimoine d'envergure

“Lorsqu’ Yves Saint Laurent découvrit Marrakech en 1966, ce fut un tel choc qu’il décida tout de suite d’y acheter une maison et d’y revenir régulièrement. Il est donc parfaitement naturel, cinquante ans après, d’y construire un musée consacré à son œuvre qui doit tant à ce pays”, confiait Pierre Bergé à L’Officiel Hommes Maroc dans une interview exclusive en avril dernier. Situé rue Yves-Saint-Laurent à Marrakech, à proximité du Jardin Majorelle acquis par le couturier et Pierre Bergé en 1980, le musée ouvrira ses portes au public le 19 octobre prochain, après avoir reçu une partie de la collection de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent qui comprend quelque 5000 vête- ments, 15000 accessoires haute couture, ainsi que des dizaines de milliers de dessins, conservés jusqu’alors au 5, avenue Mar- ceau, à Paris. Ce nouveau bâtiment d’une surface totale de près de 4000 m2 est plus qu’un simple musée. Il comprend un espace d’exposition permanente de 400 m2 présentant l’œuvre du créa- teur dans une scénographie originale de Christophe Martin. Sa conception en a été confiée à Studio KO, un cabinet d’architectes fondé par Olivier Marty et Karl Fournier. C’est en parcourant les archives du couturier que ce tandem a été inter- pelé par les courbes et lignes droites, la succession des déliés et des coupes franches dans l’œuvre du grand couturier. En façade, le bâtiment se présente comme un assemblage de cubes, habillés de dentelles de briques, motifs qui rappellent la trame d’un tissu. L’intérieur, telle une doublure de vêtement, est radicalement dif- férent : velouté, lisse et lumineux. “Le musée Yves Saint Laurent Marrakech mélange deux univers que nous connaissons bien et qui nous tiennent particulièrement à cœur : la mode et le Maroc. Nous travaillons dans ce pays qui a tant inspiré Yves Saint Laurent depuis le début de notre carrière et y avons même établi un bureau. C’est une grande joie de travailler sur un projet d’une telle ambition et de contribuer, à notre manière, à l’histoire du couturier le plus influent du XXe siècle”, confie le duo d’architectes.

Les émotions à l'oeuvre

Une salle d’exposition permanente dédiée à son œuvre mais aussi à ses inspirations. Le scénographe, Christophe Martin, a fait un choix assez radical. Il confronte ainsi les modèles très colorés afin de montrer l’importance de la couleur, spécifiquement ici à Marrakech. Il a éga- lement choisi de conjuguer ces modèles à une installation audiovisuelle afin d’évoquer cet univers profondément ancré au Maroc. Et si on ouvre deux musées aujourd’hui simultanément, à Paris et à Mar- rakech, c’est afin de faire écho à cette dualité d’Yves Saint Laurent, à savoir Paris comme lieu de création et Marrakech pour l’inspiration”, confie Björn Dahlström. Plus qu’une rétrospective incluant les “incontournables” d’Yves Saint Laurent (le caban, la robe “Mondrian”, le smoking, la saharienne) l’exposition inaugurale du musée de Marrakech est un voyage au cœur de ses inspirations. Cinquante modèles articulés autour des thèmes chers au créateur : “Le Masculin- Féminin”, “le Noir”, “l’Afrique et le Maroc”, “Les Voyages ima- ginaire”, “Les Jardin”, “L’Art”, proposent une lecture originale de l’œuvre du couturier à travers des modèles rarement présentés au public. Une rotation régulière est prévue pour en assurer la meilleure conservation possible, mais aussi pour réactiver constamment l’exposition. La scénographie de Christophe Martin magnifie les modèles dans un écrin noir et minimal, lesquels sont confrontés au processus créatif du couturier au moyen d’une installation audiovisuelle immersive où croquis, photographies, défilés, films, voix et musiques dialoguent avec les œuvres et expriment l’univers d’Yves Saint Laurent.

“Illustrer le geste du grand couturier : c’est ainsi que je définirais la genèse scénographique du musée de Marrakech. Il ne s’agit pas d’une rétrospective, mais plutôt d’un voyage au cœur de l’œuvre. Plus de cinquante de ses créations, pour la plupart jamais montrées, sont présentées dans une installation sobre et sans artifices qui accompagne et souligne l’œuvre. Un immense portrait lumineux d’Yves Saint Laurent irradie et enveloppe ses modèles”, Christophe Martin.

Le Foyer quant à lui, est un espace qui rend compte de l’important travail d’Yves Saint Laurent réalisé pour le théâtre, les ballets, le music-hall et le cinéma. À travers une présentation de croquis, de dessins et de photographies, l’exposition relate la grande influence et la passion du couturier pour l’univers de la scène, pour lequel il créera des costumes, depuis la fin des années 1950 et tout au long de sa carrière. Il collaborera ainsi avec Roland Petit, Claude Régy, Jean-Louis Barrault, Luis Buñuel ou encore François Truaut, habillera Jean Marais, Zizi Jeanmaire, Arletty, Jeanne Moreau, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve avec laquelle il tissera une amitié fidèle. La visite se poursuit à la Bibliothèque au premier étage et permet l’accès à un fonds exceptionnel de livres anciens portant sur le Maroc, son histoire, sa littérature et ses arts traditionnels, qui compte des ouvrages datant du XVIIe au XXe siècles consul- tables par les amateurs et chercheurs spécialisés, sur rendez- vous. Parmi les acquisitions, une partie importante concerne les études sur les Berbères imazighen. Ces études ethnologiques, historiques, anthropologiques, philologiques et sociologiques, publiées depuis le début du XXe siècle, constituent le versant scientifique sur lequel s’est en partie appuyée la documentation des collections du Musée berbère du Jardin Majorelle. D’une superficie de 200 m2, la salle d’exposition temporaire a été pour sa part conçue selon les normes muséologiques internationales. Elle est pensée comme une vitrine culturelle et artistique en mesure d’accueillir toutes sortes d’expositions sur la mode, l’art, la création contemporaine, l’anthropologie, la botanique. L’exposition inaugurale, Le Maroc de Jacques Majorelle, présente au public une trentaine d’œuvres importantes de l’artiste toutes empruntées au Maroc à des collectionneurs institutionnels et privés.

Non loin de là, la Galerie de photographie consacrera tous les ans un photographe en lien avec l’univers d’Yves Saint Laurent. Pour son inauguration, le musée présentera l’exposition 30 ans de la maison de couture à Marrakech, fruit du travail du photographe allemand André Rau, publié en 1992 dans le magazine Elle : une dizaine de photographies rendant hommage aux modèles phares du créateur, portées par Catherine Deneuve dans les lieux de prédilection du couturier à Marrakech. De la place Jamâa el Fna à l’intérieur de sa demeure, Villa Oasis, les clichés mettent à l’honneur un artiste, une muse et un décor synergiques.

Autre pôle d’excellence technologique et architectural : l’Auditorium Pierre-Bergé. Un espace qui s’adapte avec justesse aux exigences plurielles du musée. L’espace de projection puise dans un design alliant sobriété et confort. L’architecture conjugue simplicité contemporaine et modernité. Techniquement, le sys- tème de projection et de son permet une expérience immersive dans l’univers d’Yves Saint Laurent.

Mais au-delà de la visite, des espaces de détente sont égale- ment proposés. La Librairie dont l’univers s’inspire de la pre- mière boutique de prêt-à-porter, Saint Laurent Rive Gauche, qui voit le jour en 1966, propose des ouvrages relatifs au couturier, à la mode, au Maroc et à la programmation du musée. Le café Le Studio quant à lui emprunte son nom à l’atelier de création d’Yves Saint Laurent du 5, avenue Marceau, et suggère une atmosphère paisible et intime que le couturier aimait retrouver dans son atelier.

Valorisation d'une collection

En intégrant dans son bâtiment une partie des œuvres d’Yves Saint Laurent, le musée de Marrakech, en pôle d’excel- lence, se donne pour mission d’accueillir des pièces patrimo- niales dans des conditions optimales de conservation. 700 m2 sont consacrés à la conservation proprement dite des collec- tions. Ces espaces comprennent, passé un espace de récep- tion des œuvres, une unité de soin des collections : atelier de restauration, laboratoire, salle d’examens et d’enregistrement, salle de quarantaine et désinfestation, réparties et équipées selon une logique d’activités en vigueur dans les plus grandes institutions. Ces salles sont dédiées à l’étude des collections (inventaire, prise de vues photographiques, marquage des œuvres), à leur entretien (restauration, nettoyage, micro-aspi- ration, conditionnement...) ou encore à leur préparation avant exposition (mannequinage, soclage). L’unité de conservation comprend également des espaces de stockage pérenne pour l’entreposage des collections. Chaque magasin est doté d’unités de rangement mobile sur rails,dits “compactus”, réalisées sur mesure, où les œuvres sont conditionnées et classées selon leur typologie. “En termes de conservation préventive et curative, nous avons mis un point d’honneur à assurer le contrôle climatique, la sécurité des œuvres et leur pérennité.” Rendez-vous le 19 octobre à Marrakech...

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