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Rencontre: qui est Mohamed Hadid ?

Le célèbre jet-setteur américain et père des deux mannequins Gigi et Bella, apprécie les virées à Marrakech où L’Officiel Hommes l’a rencontré.
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Il est riche, célèbre et symbolise à lui seul le rêve palestinien en Amérique. Fils de réfugiés, Mohamed Hadid a fui sa terre natale avec sa famille pour se réfugier en Syrie, puis au Liban, avant de s’installer aux États-Unis. Travailleur, intelligent et possédant un sens inné pour les bonnes affaires, il se lance dans l’immobilier où il fera fortune. Sa recette"? Des palais et des demeures dans le style “Mille et une nuits” qui connaissent un énorme succès aux États-Unis et au Moyen-Orient. Il crée également plusieurs grands hôtels à Los Angeles et aujourd’hui, l’homme peut se targuer d’être l’un des plus grands promoteurs de Californie. Jet-setteur invétéré, le père des deux célèbres mannequins Gigi et Bella, partage sa vie avec sa fiancée Shiva Safai, rencontrée il y a six ans. Le couple voyage beaucoup et apprécie particulièrement les escapades à Marrakech. Rencontre.

Vous êtes arrivé très jeune aux États-Unis après avoir été exilé de votre pays natal peu après votre naissance. Comment passe-t-on de la situation de réfugié à celle de plus grand promoteur immobilier de Californie ?

Je ne vais pas vous dire que je suis le plus grand promoteur immobilier en Californie. Oui, je suis né à Nazareth, j’ai été un réfugié quand j’avais un mois à Damas. Après cela, ma famille et moi sommes partis au Liban, j’avais alors 3 ou 4 ans. Mon père était professeur d’anglais et travaillait à la radio Voice of America. Après cela, nous sommes partis en Tunisie pour une très courte période avant de revenir à Damas pour que je puisse apprendre l’arabe. Nous sommes partis ensuite à Washington. À l’époque, je devais avoir 14 ans. Mon père tenait à ce que nous puissions bénéficier d’une bonne éducation pour réussir dans la vie. Je suis allé au lycée à Washington, puis à l’université en Caroline du Nord et le MIT (Massachusetts Institute of Technology). J’ai étudié un peu de tout: les arts, l’archi- tecture, la peinture.

Comment avez-vous développé votre incroyable sens du business ? Avez-vous toujours voulu réussir dans ce domaine ?

Tout petit, j’avais de grands rêves. C’était des rêves, mais j’espérais toujours qu’ils allaient se réaliser et la plupart l’ont été. Dans mon esprit, j’ai toujours voulu faire de grandes choses.

Vous êtes connu pour avoir construit des hôtels et des demeures «aussi grandes que la Maison-Blanche". Qui sont vos clients ?

Je construis ces hôtels et ces demeures pour des personnes qui ont un certain sens du style et de l’élégance. C’est un environnement que j’ai créé pour des individus qui ont de grandes attentes.

Sur le plan immobilier, Donald Trump était votre principal rival. En 1987, vous avez réussi à le surpasser avec l’acquisition d’une propriété au pied d’une piste de ski. Cet accord était audacieux, risqué et demandait beaucoup de cash rapidement. Qu’est-ce qui vous motive le plus : le risque, la gloire ou l’argent ?

Dans ce genre de business, l’argent n’est pas un problème. On ne le fait pas en pensant que nous allons réaliser tel ou tel bénéfice. Quand j’y pense, parfois je regrette de m’être impliqué dans des business compliqués comme l’hôtellerie. Mais j’ai toujours adoré les hôtels, les demeures immenses et les grands immeubles. Je suis très fier par exemple du Ritz-Carlton que j’ai construit. Pour résumer, c’est plus une question d’ego que de risque ou autre.

Dans une interview au magazine Regardie’s en 1988, vous avez affirmé avoir acheté un avion, des biens de Chrysler et vos immeubles de bureau, car vous pouviez vous le permettre pour avoir travaillé dur. Est-ce toujours votre philosophie ?

C’est exact et cela n’a pas changé. Je ne suis pas les tendances, je crée mes propres tendances. Dès qu’on crée quelque chose, les gens ont tendance à suivre. Maintenant, il faut toujours essayer de faire mieux, être plus créatif et avoir une bonne compréhension de l’avenir. J’essaye toujours de viser plus loin pour avoir une longueur d’avance.

Qu’avez-vous acheté récemment que vous ne pouviez pas vous permettre avant ?

Je dois avouer que tout cela est du passé. Maintenant, j’ai tout ce dont j’ai besoin. Je me concentre plus sur le fait de garder ma famille en sécurité et lui assurer du succès.

À vos débuts, vous aviez développé un business dans les voi- tures, notamment avec les Rolls-Royce. Avez-vous toujours cette passion pour les belles autos ?

La passion est toujours là. Dans les années 80, j’avais une belle collec- tion de voitures, entre 60 et 70, mais je me suis rendu compte qu’elles ne faisaient que prendre la poussière. Maintenant, je me contente d’une ou deux.

Qu’elle est la définition du luxe pour une personne qui peut tout se permettre ?

Pour moi, le luxe est avant tout un état d’esprit. C’est le fait d’arriver à un stade où l’on vit confortablement et que l’on est heureux. Que tout ce qui vous entoure va bien : votre famille, votre esprit, vous savez qui vous êtes, vous connaissez votre culture.

Vous êtes l’illustration parfaite du rêve américain. Toutefois, avec autant de paranoïa entourant le Moyen-Orient et le décret anti-immigration de Donald Trump, pensez-vous que vous auriez réussi de la même manière aujourd’hui ?

Je pense que oui. Si une personne a de la volonté, elle peut réussir n’importe où dans le monde. Parfois je me pose la question : “Que serais-je devenu si j’étais resté à Nazareth, à Damas ou au Liban” Je me dis que j’aurais aussi accompli mes rêves. J’ai un tableau nommé Les Cœurs Brisés. C’est une représentation des gens qui rêvent beaucoup, mais ne font rien pour les réaliser. C’est votre décision de réussir ou pas. Rien ne se passe si vous ne faites pas d’effort, peu importe le pays dans lequel vous vivez.

Bella et Gigi, vos célèbres filles, ont rejoint les manifestants contre le décret anti-immigration de Donald Trump à New York. Quelle a été votre réaction?

Les gens doivent comprendre que l’Islam est une religion de paix, mais aussi ce que valent vraiment les musulmans. L’ignorance résulte de la peur que les gens ont de ce qu’ils ne connaissent pas. Il y a 6 milliards de musulmans dans le monde, les terroristes ne représentent qu’une fraction infime. J’étais vraiment déçu par ce décret, mais je crois que même Donald Trump pourrait changer d’avis à propos de cette religion et cette culture qu’est l’islam.

En tant que Palestino-américain, que pensez-vous de la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ?

La réponse à cette question est très difficile, parce que je crois que Jérusalem est un centre religieux, et cela depuis des milliers d’années que ce soit pour les musulmans, les chrétiens ou encore les juifs. Pour moi, il ne s’agit pas d’une ville ou d’un territoire politique qui doit être conquis.

Votre fille Gigi a démarré très jeune le mannequinat après que vous l’ayez présentée à votre ami, Paul Marciano. Pensez-vous que cela a influencé son choix de carrière ?

À vrai dire, je ne l’ai pas présentée à Paul Marciano. Il l’a découverte quand elle avait un an pour la campagne «Baby Guess». Je pense que c’est lui qui l’a influencée dans son choix de carrière.

 

Vous avez votre propre style : blazer, chemise, jeans sur mesure et mocassins. Quelle est votre définition de la mode ?

Pour moi, la mode rime avec confort. Je m’habille en fonction de mon travail. Étant donné que je suis dans la mode et dans la construction, je dois être à l’aise dans ma tenue. Mes couleurs de prédilections sont le noir durant l’hiver et des couleurs neutres durant l’été. Ma garde- robe n’est pas très colorée.

Dans une interview, vous avez affirmé avoir eu du mal à vous habituer à ne pas porter de costume et que vous aviez besoin d’une cravate pour vous concentrer. Que vouliez-vous dire exactement ?

C’était à l’époque où j’étais à Washington. Je travaillais avec beau- coup de personnes et j’étais donc obligé d’avoir un style un peu plus classique. Mon équipe et moi portions tout le temps des costumes et des cravates. Je devais être un exemple pour mon équipe. Quand j’ai déménagé à Aspen dans le Colorado, j’ai changé mon look parce que personne ne portait de cravate sauf les agents du FBI.

Vous apparaissez dans la téléréalité The Real Housewives of Beverly Hills en tant qu’ex-mari de Yolanda, et dans Second Wive’ Club aux côtés de votre fiancée Shiva Safai. Faites-vous une différence entre votre vie privée et votre vie publique ?

Non, je ne fais pas de différence entre ma vie privée et ma vie publique. Je suis un personnage public, je dois me comporter en tant que tel. Je suis aussi le père de deux jeunes femmes publiques. Chacun de mes mouvements peut affecter leur vie et leur carrière. Tout ce que je fais peut aussi affecter mon ex-femme, mais aussi ma fiancée. Je suis reconnu dans mon travail en tant qu’architecte, mais aussi en tant que père de famille et heureusement, mes enfants ont bien représenté le nom Hadid. Je suis fier de Bella, Gigi et Anwar et heureux du fait qu’ils soient fiers de leurs racines arabes.

Quelle est votre impression générale du Maroc? Appréciez- vous quelque chose en particulier ?

En fait, ce n’est pas ma première visite au Maroc, mais la quatrième. Ce qui est drôle, c’est que le Maroc a toujours fait partie de mon imaginaire. À chaque fois que je créais une maison, il y avait une pièce d’inspiration marocaine. Ces pièces ont toujours beaucoup de succès parce que les gens en apprécient le design, mais aussi les couleurs et l’énergie qui s’en dégage. Ce que j’aime le plus au Maroc, ce sont les gens qui sont chaleureux et souriants. Dès que l’on arrive ici, on ressent la bienveillance, l’hospitalité et la générosité des gens presque immédiatement.

En dehors des États-Unis, votre entreprise a plusieurs projets au Moyen-Orient. Pensez-vous un jour entreprendre au Maroc ?

J’y pense depuis très longtemps et à mon avis, c’est le moment parfait pour me lancer. J’adore entreprendre dans les pays arabes. La seule chose qui me retenait, c’est la difficulté d’entreprendre dans un pays que l’on ne connaît pas. Mais maintenant que je suis venu ici à plusieurs reprises et que j’ai rencontré des personnes de confiance, je sais que je peux le faire.

Propos recueillis: Selma Sobhi

Photos: Peter Beratti

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