JOAILLERIE & HORLOGERIE

Fouad Zrhari, le Marocain swiss made

Fouad Zrhari peut s’enorgueillir d’être le seul marocain à avoir réussi à se faire une place dans le monde très disputé de la haute horlogerie suisse.
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Un père ouvrier originaire de Kelaat-M’Gouna et une mère au foyer de Khouribga, rien ne prédestinait Fouad Zrhari à fréquenter un jour les salons feutrés des grands horlogers suisses. Né à Mulhouse près de la frontière suisse où il réside toujours, ce Franco-marocain de 41 ans a découvert sa passion pour les montres lors d’une virée nocturne dans les rues de Zurich. Une révélation qui va le pousser à s’inscrire dans une école d’horlogerie du côté du Jura français après avoir décroché un diplôme en ferronnerie d’art et en micromécanique. Il fait des débuts à la Maison Frank Muller à Genève avant d’intégrer Rolex puis Jaeger-Lecoultre. Il côtoie alors de grands artisans suisses, mais aussi des clients de renom dont de nombreux Marocains. L’idée lui vient alors de créer sa propre marque, projet qu’il développe en toute discrétion jusqu’au grand jour. “L’horloger marocain“ ouvre sa propre boutique en 2010 près de la frontière suisse et lance sa propre marque Elaqsa, déclinée sous les modèles Slim et R-Bâti. Le rêve continue aujourd'hui pour Fouad qui espère  bien percer au Maroc.

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Comment êtes-vous venu à l’horlogerie ?

Un peu par hasard. Bien évidemment, j'ai toujours aimé les montres, mais je ne connaissais pas grand-chose à la complexité de ce monde ni tous les métiers qui gravitent autour. La révélation m’est venue lors d’une de mes sorties dans les rues zurichoises, un soir de 2002, en faisant du lèche-vitrines. J'étais impressionné par la créativité et la technicité des mécanismes de ces montres de luxe. J'ai su ce jour-là que j'avais trouvé ma vocation. Depuis, je n'ai rien lâché.

Comment avez-vous réussi à faire votre place dans ce milieu ?

Effectivement, ce milieu reste très fermé et ce n’est pas facile de se distinguer parmi toutes ces marques prestigieuses. Il faut un peu de chance, mais aussi beaucoup d'argent. Le fait d’être le seul marocain au monde m’a également permis de me faire remarquer. Et avec un peu de culot et beaucoup de détermination, j’ai pu donner à ma marque une identité africaine et internationale. Il faut dire que la fibre patriotique des médias marocains a aussi contribué à me faire sortir de l’ombre. Mais le premier journal qui a parlé de moi était suisse. Il avait titré : “Le premier marocain de l'histoire des montres”. C'était un bon coup de pouce. 

Pourquoi avoir choisi Mulhouse pour lancer votre groupe Khalis ?

Tout simplement parce que c’est la ville aux trois frontières : l'Allemagne est à seulement 30 km, tout comme la Suisse. Avec l’aéroport international, la quasi-totalité de mes sous-traitants et fournisseurs suisses se retrouve dans un périmètre de 100 km. Khalis est une sorte de holding et regroupe plusieurs activités comme l'horlogerie, la maroquinerie, mais également les voitures de location de luxe, les œuvres d'art. Nous avons également développé la marque Elaqsa Watches et d'autres sont à l’étude et devraient bientôt voir le jour. 

Comment vous est venue l’idée de créer une montre marocaine ?

Cela remonte à 2006 lorsque je travaillais chez Frank Muller à Genève. À l’époque, je croisais beaucoup de célébrités et de personnalités marocaines dans la boutique. Je me suis mis en tête alors de lancer une marque bien de chez nous.
 

Difficile de percer avec votre marque au Maroc ?

Pour percer au Maroc, rien de plus facile, il suffit d'avoir un bon carnet d'adresses. Mais financièrement, c'est une tout autre histoire malheureusement. J'ai toujours rêvé d'ouvrir un centre de formation et une unité de fabrication pour développer une marque horlogère made in Morocco. En vain... J'ai démarché de nombreux organismes bancaires sans succès. L’autre paramètre important dans le business au Maroc, c'est la confiance. Et là, c’est une autre histoire…
 

Parlez-nous de vos modèles 

On vient tout juste de sortir un nouveau modèle serti de 32 diamants noirs. Nos montres se veulent mixtes et conviennent à tous les poignets avec leur diamètre de 40 mm. Elles disposent d’une glace saphir antireflet et restent accessibles avec des tarifs autour de 1000 euros (environ 11 000 DH). Elles sont produites en séries limitées. Nous avons également un autre modèle sous la marque Elaqsa Watches. Son originalité réside dans des chiffres indiens à 12h, 3h, 6h et 9h avec une calligraphie arabe sur un double cadran. Avant cela, nous avions sorti deux versions différentes de la Slim, une montre plate sertie de 9 diamants et la montre intermédiaire R-bati dont quelques célébrités comme RedOne m'ont fait l'honneur de porter.

Où sont fabriqués vos montres et comment se les procurer ?

Mes montres sont fabriquées en majorité par des sous-traitants suisses, exception faite pour le Maroc qui nous fournit les écrans et les bracelets. Les divers composants sont rassemblés chez moi en dernier pour le montage et l'assemblage dans un atelier à Porrentruy une commune suisse dans le Jura, ce qui nous permet d’avoir le label Swiss made.  Pour se procurer nos montres, rien de plus simple, aller sur le site www.groupkhalis.com ou se présenter à notre showroom à la frontière suisse. J’espère ouvrir bientôt d'autres concept stores et des franchises un peu partout.
 

Pensez-vous les diffuser un jour au Maroc ?

Mon rêve est d'ouvrir des franchises au Maroc bien évidemment. Cela demande une concertation avec les pouvoirs publics et les organismes bancaires. S’ils jouent le jeu, je suis prêt. Je serai content de créer de l'emploi pour des jeunes, et pourquoi pas, les accompagner dans des projets de création de nouvelles marques horlogères marocaines. 

Quel est le profil de vos clients ?

J'ai la chance incroyable d'avoir des clients dans plusieurs domaines, des artistes, des chanteurs, des hommes d'affaires, des sportifs, des people… mais également de hautes personnalités marocaines et étrangères. 
 

Vos amis comme RedOne vous donné un sacré coup de pouce ?

Nadir khayat alias RedOne est un frère pour moi, il m'a beaucoup aidé et m'a accueilli au sein de sa famille. Nous échangeons régulièrement au téléphone, il a toujours été de bon conseil.  Il m’a aidé à faire connaître la marque à Los Angeles auprès de grandes célébrités. Il m'envoyait régulièrement des photos avec mes modèles pour que je les poste. Son aide m’a été très précieuse.  Il y a aussi le chanteur Abdelhafid Douzi, un personnage adorable et plein d'humour qui a contribué à ma notoriété au Maroc à mes débuts. 

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