Femmes

Duo mère-fille: le clan des modeuses

Chez ces grands noms de la mode, l’amour de la couture est une histoire de femmes mais aussi de famille. Retour sur quatre maisons dont le goût du style et de la création se passe de mère en fille(s).
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Jeanne & Marguerite Lanvin: la maternité comme inspiration

Qu’il soit matériel ou culturel, l’héritage se transmet tradition- nellement de mère en fille. Dans le cas de Jeanne Lanvin, la transmission a fait le chemin inverse. Mariée à 29 ans, ce qui est très tard pour l’époque (nous sommes en 1896), à Emilio Di Pietro, un comte italien, Jeanne n’est pas heureuse en ménage. La réussite et l’épanouissement, c’est dans l’exercice de son métier de confectionneuse qu’elle le trouve. La jeune femme n’a en effet pas attendu de se marier pour s’accomplir et à 18 ans, elle ouvre une boutique sise rue Boissy-d’Anglas dans le VIIIe arrondissement de Paris. Une dizaine d’années après sa création, l’endroit remporte un franc succès auprès des chic Parisiennes qui considèrent cet atelier de modiste comme un incontournable. Créatrice épanouie mais épouse insatisfaite, Jeanne Lanvin va pourtant voir sa vie basculer à la naissance de sa fille Marguerite, en 1897. Véritable révélation, la maternité comble son manque affectif et stimule son inspiration. À cette époque, la mode pour enfant étant inex- istante, Jeanne confectionne pour sa fille des robes aux coupes habituellement réservées aux dames. Elle ose utiliser des matières comme la dentelle ou des couleurs comme le noir. Scolarisée dans une école privée fréquentée par la haute bourgeoisie, Marguerite et son style suscitent l’envie de ses camarades, et les commandes des leurs mères à Jeanne Lanvin ne tardent pas à pleuvoir. La relation entre la mère et sa fille est viscérale, et à ce propos, l’écrivaine Louise de Vilmorin disait de la créatrice que “c’est pour émerveiller Marguerite que de fil en aiguille, elle émerveillera le monde”. Au décès de sa mère en 1946, Marguerite prendra sa place, jusqu’à sa propre disparition, 12 ans plus tard, ne laissant pas d’héritier. À ce jour, Lanvin demeure la plus ancienne maison de couture française, avec pour logo un dessin qui représente Jeanne et Marguerite jouant ensemble.

Diane, Tatiana et Talita Von Furstenberg: en mode engagée
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1970 : fraîchement divorcée du prince Egon Von Fürstenberg, Diane, autorisée à gar- der son nom, arrive à New York, ses deux enfants sous les bras. Elle a 27 ans. Cette même année, elle se lance dans la mode. La marque qui porte son nom est officiellement lancée deux ans plus tard et sa première col- lection fait sensation. Le slogan de sa ligne de robes chemises “Feel like a woman. Wear a dress”, retentit en pleine période hippie comme une évidence pour les New-Yorkai- ses d’abord, avant que le phénomène ne se propage partout dans le monde. À peine trois ans plus tard, la créatrice entre au Guiness Book des records grâce à sa “wrap dress” (robe portefeuille), qui se vend à 15 000 exemplaires par semaine. Cette robe devient le symbole de la femme libre et indépendante. Côté vie privée, c’est dans un esprit d’engagement philanthropique que Diane Von Furstenberg élève Tatiana, sa fille. Elle lui transmet sa façon de s’engager à travers sa création, et Tatiana devenue réalisatrice et écrivaine l’applique au sein de la Fondation Diller-Von Furstenberg Fam- ily Fondation, qu’elle dirige et qui a pour but de financer des organisations qui aid- ent aux réalisations de projets artistiques. Talita, fille d’Alexander, le fils de Diane, est une jeune princesse très active du haut de ses 17 ans. Elle est très impliquée dans la maison de sa grand-mère, défile pour la griffe, pose pour les magazines de mode mais ne perd pas de vue l’essentiel de l’esprit familial. En 2016, elle rejoint la campagne électorale d’Hillary Clinton, pendant que sa grand-mère en dessine les T-shirts.

Anna, Silvia, Delfina et Leonetta Fendi: les louves romaines
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Dans les années 50, c’est à la mort de son mari et avec l’aide de ses cinq filles qu’Adèle reprend les rennes de la maison Fendi qu’ils avaient créée ensemble, en 1925. Chez les Fendi, l’intuition féminine est une histoire de famille. Parmi les choix aussi audacieux et ambitieux réalisés par les cinq sœurs, figure celui d’Anna qui, en 1960 prenait la décision en tant que chef du développement de rassembler les ateliers, les bureaux et la boutique dans un seul et même endroit. Le bâtiment sur lequel se portera leur choix abritait pendant un temps un théâtre, Via Borgognona, à Rome.

Autre intuition, autre succès. En 1965, les cinq sœurs qui vivent dans l’air du temps décident de faire appel à un designer, peu connu encore à l’époque, mais au talent, jugent-elles, prometteur: Karl Lagerfeld. La notion de transmission est tellement ancrée dans les valeurs de cette maison ital- ienne que lorsque Silvia, l’une des trois filles d’Anna, décide d’abandonner l’université, elle se voit répondre: “Chez les Fendi, on étudie ou on travaille !”. Il n’en faut pas plus à Silvia pour rejoindre le groupe familial en 1993, au département création. Quatre ans plus tard, elle crée le sac “Baguette”. C’est le début de l’ère des it-bags, et autant dire que ce modèle va booster le phénomène. Elle prend ensuite la tête de la création des accessoires, et forme, avec Karl Lagerfeld, un tandem qui fonctionne à merveille. Dans le cas de Silvia Venturini Fendi, l’his- toire se répète et bientôt ses deux filles com- mencent à faire leurs premiers pas dans la mode. Delfina Delettrez Fendi crée ainsi sa propre marque de bijoux et dessine occa- sionnellement pour la maison romaine, tandis que Leonatta, du haut de ses 19 ans, reste très attachée à la mode et à l’héritage de son arrière-grand-mère, quand elle ne milite pas avec l’O.N.U. pour le droit des femmes.

Sonia et Nathalie Rykiel: les fusionnelles

Sonia Rykiel avait un rêve en se mariant, faire dix enfants. Le destin en décidera autrement, elle en aura deux, dont Nath- alie qu’elle dit “avoir désirée plus que tout au monde”. L’amour de Sonia pour sa fille la met “dans un état second” disait la créatrice. C’est donc sans surprise qu’elle la fait défiler en 1975, alliant ainsi ses deux amours : Nathalie et ses créations. Pour cette dernière, marcher dans les pas de son illustre mère n’est pas nécessairement une volonté, mais elle quitte toutefois ses études après la mort de son père pour la rejoindre au sein de l’entreprise. L’ADN reprend petit à petit ses droits, et Natha- lie se plaît à la création. Alors qu’elle est enceinte, elle crée la première ligne Rykiel Enfant, en 1983. S’ensuivent les collections imaginées en marge de celles de sa mère, à l’instar d’Inscription Rykiel en 1989 qui devient Sonia by Sonia Rykiel en 2005. S’agissant de leur relation professionnelle, mère comme fille sont au diapason. Nath- alie dit “avoir adoré travailler avec sa mère” et malgré les interrogations de son entou- rage sur le fait “d’avoir une mère pareille”, c’est Sonia qui répond en précisant que si elle est une mère atypique, sa fille a un caractère bien trempé et n’est pas de celles qui s’écroulent sous le poids de l’aura de leur mère. Nathalie ayant eu trois filles, l’histoire ne s’arrêtera peut-être pas là : Lola, la cadette, dirige désormais le dépar- tement presse de Sonia Rykiel aux États- Unis. Rien ne garantit qu’elle reprendra un jour le flambeau, et ce n’est pas sa mère qui l’y poussera. Lors d’une interview, elle a d’ailleurs déclaré, comme une confession subliminale, qu’elle reste persuadée que “rien n’est pire pour un enfant que de lui faire porter quelque chose de lourd sur les épaules”.

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