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Phénomène: le beldi c'est trendy !

Kamis, gandouras, djellabas... depuis quelques saisons et cette année en particulier, l’habit traditionnel marocain fait un sacré show sur les podiums des fashion weeks. Illustration.
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Serait-on à deux doigts de hurler à l’appropriation culturelle ? Car, loin du Maroc bohème d’Yves Saint Laurent où des kaftans chamarrés draguaient la jet-set friande de vestiaire gypset, cette fois les créateurs ne réinterprètent pas des pans du patrimoine culturel en un folklore folk mais bien des pièces au pied de la lettre. Le phénomène n’est certes pas nouveau. La babouche a eu ses heures de gloires depuis plusieurs saisons, et la gandoura est devenue un it de l’été parfaitement adapté à Ibiza ou Saint-Tropez, de Roberto Cavalli à Dolce&Gabbana.

La nouveauté ? Des pièces populaires comme la djellaba ou encore la kamis, cette longue tunique d’homme portée par les religieux que Balenciaga, dès 2016, s’approprie. Flanquée d’un manta bag hors de prix, nul besoin de se questionner quant à l’origine de l’inspiration de Demna Gvasalia. Le Maroc et sa mode pop’ a le vent en poupe. Loin du fantasme bobo de berbérismes exotiques, le vestiaire du Marocain est ultra-tendance. Amplitude des coupes, sobriété des imprimés, aisance de mouvement, est-ce parce que nos pièces sont finalement faciles à porter, sneakers aux pieds ? 

À l’allure presque monacale, la djellaba devient minimaliste, la kamis austère, parfaitement dans l’air du temps. Ne mélangeons cependant pas les abayas et les djellabas. S’il est prouvé que le Moyen-Orient est le nouveau client favori de l’industrie, de maisons de coutures qui balancent du caftan, de collections de modest fashion mercantile et de hijab griffés, il ne s’agit pas ici de souligner le nouvel engouement de la mode pour les pays arabes. Certes, aujourd’hui, ils sont la cible nécessaire des maisons de mode qui créent des collections miroirs de la culture. Or, l’inspiration marocaine, le pays entre deux eaux, entre deux cultures, n’est pas une ambition de mode pudique. C’est la valorisation - ou la subtilisation diront certains -, de notre patrimoine vestimentaire populaire. Oubliez le raffinement des caftans de Ralph & Russo, pensez à la négligence très hype de Vetements. La djellaba, c’est le nouveau jogging.

DU CHIC MAIS PAS ETHNIQUE

Ce printemps-été 2018, ils sont nombreux à convertir les pièces traditionnelles en un attirail estival. Habituée à des inspirations marocaines, la créatrice Tory Burch ne manque pas à l’appel avec des djellabas décolletées imprimées. Plus littérale, Jil Sander livre une collection qui ravira les puristes où de longues et élégantes tuniques blanches affublées de néo-babouches noires dressent le tableau. Bienvenue chez nous, mais dans un Maroc drôlement branché. Autre clin d’œil ? Les babouches de Roberto Cavalli ou encore celles de Gucci Resort 2018. À la manière des gandouras bariolées d’Elie Saab ou des tergiversations arabo-africaines de Marc Jacobs, on pourrait répliquer que les lubies marocaines des créateurs sont une tocade estivale, cohérente avec une ambiance chaleureuse de maillots de bain et envies de dépaysement. Or, c’est de Paris qu’est venu le contre-argument, avec le sudiste Simon Porte Jacquemus et une collection automne-hiver 2018-2019

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