Femmes

Quand 3 créateurs marocains voient la vie en vert

Il n’y a pas que la mode occidentale qui met un point d’honneur à respecter l’environnement. Au Maroc, entre vintage, récup’ et recyclage, ces trois stylistes prouvent qu’ ici aussi, on peut s’ habiller beau et écolo.
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Artsi Ifrach
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Mes mains déshabillent ton passé, réparent les souvenirs oubliés, pour te vêtir de nou-veau”. C’est sur cette citation que s’ouvre le site de la marque ART/C One of a Kind. Le designer aux créations lunaires est un incontournable de la mode éthique au Maroc. Tout est dit dans le nom de sa marque qui fait la promesse d’une pièce unique, réalisée à partir de matières récupérées, qui retrouvent leur noblesse perdue. À travers les matières “vintage” qu’il utilise pour ses confections, il fait se croiser le passé et le présent, en transformant par exemple un caftan en veste de tailleur ou un sac de sucre en jupe-tablier : le jeu des couleurs et imprimés est son “terrain de jeu préféré”. L’univers d’Artsi est l’illustration même que l’écologie, au-delà son importance qui n’est plus à prouver, a ce quelque chose de poétique, qui peut-être peut aider à sensibiliser les consciences.

www.maisonartc.com

Sofia El Arabi
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Bakchic the Label est une marque de prêt-à-porter et d’accessoires marocaine qui puise au plus profond de ce pays les ressources nécessaires à son identité. Derrière cette marque, Sofia El Arabi poursuit une démarche éthique, une condition sine qua non de la création, et ce, depuis le premier jour.
En chinant, elle se met en quête de matières et de tissus de designers “traditionnels”. Redonner vie à des matières qui, a priori, l’ont perdue, est pour Sofia plus qu’un processus créatif, c’est une responsabilité. Créer des collections au nombre de pièces limité, repenser des invendus, travailler avec des coopératives, toutes ces actions sont pour elle autant de réflexes de création qui devraient se multiplier dans l’industrie. Ne perdant pas de vue la qualité de son pro- duit, Sofia El Arabi aime à utiliser, quand elle ne recycle pas, des matières naturelles, plus solides et disposées à traverser le temps. L’environnement est au cœur de sa vie - comme il est au cœur des débats aujourd’hui – depuis toujours. Même s’il n’est pas imposé au Maroc, elle tient à faire un tri sélectif de ses déchets, ne serait-ce que pour éviter aux collecteurs de chercher dans les poubelles... Son souhait serait que ces petits gestes soient enseignés dans les écoles, que les générations à venir les adoptent et qu’ils deviennent, au fil du temps, naturels.

www.bakchic.com

Noureddine Amir
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À mi-chemin entre la mode et l’art, Noureddine Amir crée des tenues aux allures de sculptures contemporaines. Nourries d’influences extrême-orientales, ces véritables parures sculpturales se caractérisent par des lignes impeccablement épurées, d’une modernité hors du temps, teintées de tons fauves et bruns, parfois rehaussés de motifs empruntés à l’art berbère. Longues, fluides et rythmées, ses créations d’une simplicité presque antique, paradoxalement brutes de justesse et de raffinement, célébrent la matière dans sa dimension la plus naturelle et chantent toute la virtuosité de l’artisanat marocain. Depuis ses débuts, et bien avant la prise de conscience éthique et écologique actuelle, ce diplômé d’Esmod en 1996 façonne ses robes sculptures guidé par la seule vitalité de son instinct, avec une prédilection pour le jute, le feutre, le raphia ou le lin. Des matériaux bruts et authentiques choisis avec d’autant plus de soin qu’ils président toujours à la forme de l’œuvre en devenir. Particulièrement attentif aux jeux de lumière parcourant la matière, ce puriste dans l’âme crée parfois même ses propres matériaux, des plus ascétiques aux plus sophistiqués, comme de très délicats tubes de mousseline de soie garnis de raphia. Le tout exécuté et teint à la main, dans de subtiles nuances d’ocre et de brun, obtenues par de mystérieux mélanges de substances végétales ou minérales traditionnelles dont lui seul détient le secret. Sa carrière a été fulgurante. Dès ses premières années de création, il s’impose en tant que costumier sur la scène international du théâtre et du film d’art. Au côté de l’Iranienne Shirin Neshat, il connaît la consécration, du Festival de Venise à New York, avant de rentrer au Maroc pour s’installer au plus près de ses matériaux fétiches et ses sources d’inspiration. Depuis 2003, ses créations ont été exposées au Musée de la mode à Anvers, au Musée des beaux-arts de Lille et à l’Institut du monde arabe à Paris. Enfin, grande première dans l’histoire de la mode contemporaine marocaine, il s’est vu offrir en début d’année à Paris une rétrospective tout entière à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent. La première et la dernière consacrée à un créateur de mode. C’est dire si l’homme a du talent!

www.noureddineamir.com

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