Mode

Dior Haute Couture automne-hiver 2019-2020, aux frontières du réel

Pour le défilé Haute Couture, Maria Grazia Chiuri a imaginé au cœur du berceau de la maison, une collection onirique, où architecture et couture se répondent pour un résultat fantasmagorique, et porteur de sens.
Reading time 3 minutes

Une collection qui questionne, qui revient aux essentiels, mais également une nouvelle exploration féministe, c’est ce que propose Dior.

Ainsi, Maria Grazia Chiuris’ est inspirée des cariatides, ces femmes-statues poétiques qui sont tout autant de merveilleuses colonnes – les piliers fondateurs et porteurs de la société – que de sublimes ornements, décorant de leurs courbes épurées certains édifices parisiens tout comme les temples grecs.

Presque entièrement noires, ponctuées de rares couleurs, les créations de la Directrice Artistique révèlent ainsi toute leur puissance architecturale. Un concept qui suppose de repartir des fondamentaux, des fondations de la haute couture pour mieux les confronter aux modes de vie contemporains. Ainsi, dans le prolongement de la pensée de l’architecte Bernard Rudofsky, cette collection dessine un paysage inédit permettant de questionner les notions du corps, d’habit et d’habitat, de l’espace et du temps, de la nature et de la culture, du flou et du tailleur constitutifs de la haute couture. Une idée également explorée par la scénographie imaginée par l’artiste féministe Penny Slinger.

Dans un décor chimérique, elle fait revivre toutes les femmes qui ont animé, habité de leur esprit et de leur beauté, l’hôtel particulier de Dior : Catherine Dior, sœur chérie du couturier, amies et muses, petites mains et clientes fidèles. Une fusion entre féminité et architecture d’une intensité magique.

Une nouvelle vision conceptuelle de la haute couture en tant qu’art destiné à habiller des corps toujours uniques, dotés d’une identité propre. Des créations puissantes, symboliques, sombres que l’unique note de blanc vient souligner, comme un évident constraste.

Le péplos – cette tunique que portaient les femmes dans la Grèce antique – n’a pas de coupe déterminée ni construite : c’est le corps qui lui donne sa forme. Christian Dior, dans sa dernière collection, revenait à cette forme essentielle du drapé, dialoguant entre les notions de couture et d’architecture, du fou au tailleur. En écho résonne aujourd’hui l’interrogation « Are Clothes Modern ? », qui souligne la faculté de la haute couture à questionner la modernité. Signer une collection presque entièrement noire, ponctuée de rares couleurs qui en révèlent sa puissance, suppose de repartir des fondamentaux, des fondations de la haute couture, et de les confronter aux modes de vie contemporains. Le noir exige la perfection et donne vie, ici, à des capes qui se transforment. Chaque robe est un édifice qui dévoile sa structure, l’ossature qui la soutient et la définit. « Nul besoin d’une nouvelle façon de construire ; ce qu’il nous faut, c’est une nouvelle façon de vivre », affrmait Bernard Rudofsky. De la même façon, cette collection dessine un paysage inédit permettant de questionner les notions du corps, d’habit et d’habitat, la haute couture devenant ce laboratoire de la création pour repenser différemment le vêtement et son rapport à l’espace et au temps.

Tags

Articles associés

Recommandé pour vous