Pop culture

Pourquoi il faut absolument voir "Scenes from a Marriage" avec Jessica Chastain ?

Cette mini-série, observation patiente, délicate, de l’histoire d’un couple, portée par des interprètes extraordinaires est assurément une des plus belles créations télévisuelles de l’année.
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Oscar Isaac et Jessica Chastain. © HBO

"It ain’t pretty, it ain’t subtle, what happens to the heart."  Des milles complications de la vie amoureuse, Leonard Cohen avait tout compris - Ingmar Bergman aussi, dont cette mini-série décline avec bonheur (si l’on peut dire) sa propre série Scènes de la Vie Conjugale. Pour le jeu des comparaisons, nous vous inviterons à découvrir, ou revoir, la sublime œuvre du cinéaste suédois, auquel la série adressera dans son dénouement un clin d’œil amical.  

Pilotée par Hagai Levi, un des show runners les plus passionnants de l’époque (il a signé The AffairOur Boys ou encore la version originale d’En Thérapie), cette variation - au sens musical - autour des thèmes explorés par son modèle, est d’une délicatesse sidérante, jouant sur une palette de nuances harmoniques, sensibles, du clair-obscur de l’infidélité jusqu’à la lumière aveuglante de la passion encore vive, en passant par l’opacité déchirante de la séparation. Jonathan et Mira s’aiment, s’aimaient, s’aimeront encore - ou pas. 

Douceurs bienveillantes, cruautés gratuites, mesquineries blessantes, honnêteté cruelle parfois, consolatrice, aussi, rapport à la monogamie, à la sexualité, aux enjeux de pouvoir et de domination économique, à l’intimité émotionnelle, à l’amour propre tailladé à la serpe, au deuil d’une relation, tout ce qui impacte, plus ou moins perfidement, une vie de couple, est ici observé sans jugement ni hauteur condescendante, plutôt avec compréhension, neutralité bienveillante. De ces situations archétypales, le récit fait son miel, un miel pimenté certes, avec beaucoup de pudeur, n’excluant pas la crudité, comme s’il écoutait ses personnages plus qu’il ne les filmerait, d’une oreille amie.

Se déroulant sur plusieurs années, en toute fluidité, la narration prend le temps d’explorer tous les plis et replis de l’histoire de Jonathan et Mira, les accompagnant sur leur chemin, avec patience, douceur.  Plastiquement superbe, avec un sens rare des lumières, du cadrage - cela devrait relever dans l'évidence, mais il semblerait que dans le flot quasi-interrompu des contenus déversés sur les plateformes de streaming, cette évidence n’en est pas une pour beaucoup de créateurs-créatrices…Pour qualifier l’interprétation d’Oscar Isaac et Jessica Chastain, qui occupent quasiment chaque plan, les superlatifs manquent - faisons comme l’on peut avec le dictionnaire, et disons qu’ils sont, littéralement, extraordinaires.  De ce voyage au cœur de l’intimité d’un couple - singulier autant qu’universel - l’on ne sort ni meilleur-e être humain ni pire, ni blessé-e, ni consolé-e, simplement accueilli-e dans un univers, dissemblable du nôtre et pourtant familier. La voix de Jonathan disant : "I’ve never loved anybody the way than I’ve loved you. It is a fact" est moins écho que ricochets d’un galet lancé sur une étendue d’eau, à la façon d’une grande chanson d’Otis Redding ou d'Aretha Franklin. Et celle de Mira répondant : "It is really sad what you say", resteront à jamais avec nous - et que demander plus, sinon l’indélébile, à une œuvre d’art ?

 

Une série créée par Hagai Levi, avec Oscar Isaac et Jessica Chastain, depuis le 13 septembre.

Scenes From A Marriage (OCS) - Bande-annonce

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