Abla Sofy: objectif mode - L'Officiel
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Abla Sofy: objectif mode

Abla Sofy incarne cette jeunesse marocaine passionnée de mode et bien déterminée à se faire un nom. Installée dans la Cité des anges, il aura fallu en effet moins de 5 ans à la jeune R’batie pour s’affirmer en tant que styliste, mannequin et décrocher un contrat d’égérie avec la marque Guess. Rencontre avec une jeune fashionista qui ne compte pas en rester là.
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Abla Sofy aime surprendre là où on ne l’attend pas. Qui aurait imaginé que cette R’batia de 26 ans, passionnée de mode, allait un jour travailler au côté de Paul Marciano, le co-fondateur de la marque Guess et devenir l’une des égéries de la célèbre marque U.S. ?
Certainement pas elle qui, après un master en design à la Fashion Institute de Los Angeles, comptait rentrer au Maroc afin de lancer son propre business. Mais l’avenir en a décidé autrement. La jeune femme commence alors à travailler comme styliste, fait des apparitions dans des séries et des clips, avant de débuter sa carrière de mannequin. Récemment choisie pour être l’une des nouvelles égéries de Guess aux États-Unis, nous avons rencontré cette bête de mode à qui tout semble sourire.

Comment avez-vous atterri aux États-Unis ?

Je rêve des États-Unis depuis toute petite et je suis fascinée par la culture américaine. Après mon bachelor en business à l’Université internationale de Rabat, j’ai donc décidé d’aller m’installer à Los Angeles et de suivre des cours de mode à la Fashion Institute où je me suis spécialisée dans le design et décroché un master.

Vous avez toujours eu envie de travailler dans la mode ?

Oui, j’ai toujours voulu évoluer dans ce domaine mais je n’aurais jamais pensé y travailler de cette manière. Pendant toute la durée de mes études au Maroc, j’avais comme projet de créer ma propre marque ou d’ouvrir une franchise. C’est ce qui était convenu avec ma famille et nous avions déjà commencé à travailler sur des idées. Mais lorsque j’ai débarqué aux États- Unis, ma vision des choses a complètement changé. Après mon master, j’ai commencé à travailler chez Guess. Au début, je voyais cette expérience comme une excellente formation qui allait m’apprendre beaucoup de choses et qui pourrait me ser- vir pour mes projets. Et puis il y a eu le vidéoclip Boom Boom produit par RedOne dans lequel j’ai tourné et qui m’a apporté beaucoup de visibilité. À partir de là, j’ai commencé à recevoir des propositions pour devenir mannequin ou actrice. Au début, cela m’effrayait énormément mais j’ai pris confiance en moi et j’ai décidé de tenter ma chance.

Quel est votre rôle au sein de Guess ?

J’ai commencé à travailler chez Guess il y a plus de 3 ans comme assistante puis styliste-designer. Aujourd’hui, je suis l’une des nouvelles égéries de la marque aux États-Unis. Guess représente beaucoup pour moi car c’est une compagnie dans laquelle j’ai grandi et où je me suis épanouie. Je me souviens encore de mon premier rendez-vous avec Paul Marciano (le co-fondateur de la marque, ndlr). Au départ, il s’agissait d’un entretien pour travailler en tant que mannequin mais à cette époque, je ne pensais pas être à la hauteur. On a donc décidé de travailler ensemble mais d’une autre manière. Il a alors toujours gardé un œil sur moi et m’a souvent encouragée à me diriger vers le mannequinat. Après deux ans chez Guess, on a finalement décidé que c’était le bon moment. La marque, qui a toujours travaillé avec des filles plutôt californiennes, blondes avec des rondeurs, cherche désormais à élargir sa cible grâce à des visages plus diversifiés. Il a donc trouvé que j’étais parfaite pour incarner ce changement.

Aviez-vous déjà travaillé pour d’autres marques ? Avec qui aimeriez- vous collaborer ?

J’ai récemment signé avec Bebe, une marque américaine qui existe depuis plus de 38 ans et que toutes les filles ici connaissent. C’était un grand pas pour moi. Je reçois beau- coup de propositions mais je ne sélectionne que les marques internationales, légitimes et qui ont fait leurs preuves comme Dolce&Gabbana pour qui j’aimerais beaucoup travailler.

Quelle est la chose que vous adorez dans votre travail et celle que vous détestez ?

J’adore les séances photo et rencontrer de nouvelles per- sonnes. J’ai la chance de shooter un peu partout dans le monde et de travailler avec des stylistes, photographes ou make-up artists qui me voient chacun d’une façon différente. C’est tou- jours excitant de découvrir les piges et les looks qu’ils ont choi- sis. En revanche, ce que je déteste le plus ce sont les différends que je peux parfois avoir avec les stylistes à cause d’un look un peu trop osé et contraire à mes valeurs. Je suis alors obligée d’expliquer que je ne peux pas porter des vêtements trop sexy et qu’il faut que cela reste quelque chose que ma famille puisse voir sans être choquée. Très souvent, la production insiste et j’ai droit à des remarques comme “On n’est pas au Maroc” par exemple.

Que pensez-vous du mouvement Me Too dans la mode ?

J’adhère totalement à ce mouvement, en particulier dans le milieu de la mode et du cinéma où les femmes sont souvent agressées et mises dans des situations qui peuvent les trauma- tiser à vie. D’un autre côté, il y a beaucoup d’opportunistes qui se servent de ce mouvement pour créer le buzz ou se faire de l’argent en accusant à tort des personnalités, quitte à faire du mal aux gens et à ruiner leurs carrières.

Le développement durable dans la mode, la protection animale, l’éthique... vous y êtes sensible ?

Oui, très. Je suis d’ailleurs une grande amoureuse des ani- maux. Un jour, j’aimerais pouvoir œuvrer en faveur de la cause animale. J’ai n’achète d’ailleurs plus de vraie fourrure et de pièces qui peuvent impliquer des mauvais traitements envers les animaux.

Que pensez-vous de la mode au Maroc ?

Je trouve que ces dernières années, la mode s’est  énormément développée. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la rue, je suis toujours agréablement surprise de voir toutes ces fashionistas qui s’intéressent à la mode et s’habillent à la pointe de la tendance avec beaucoup de goût. Ceci dit, le système avance moins rapidement que les personnes. Il y a une réelle demande mais pas assez d’offre. Il faudrait ouvrir davan- tage d’écoles, proposer plus de formations, organiser plus de fashion show pour établir une culture mode plus solide. Il reste donc encore beaucoup à faire.

Vous avez joué dans une série marocaine, envisagez-vous aussi de vous lancer dans le cinéma ?

J’ai beaucoup apprécié ma participation à la série Disk Hyati pour laquelle j’ai reçu de très bons retours de la part du public marocain. J’avais déjà fait de la télévision aux États-Unis mais c’était plus de la télé-réalité. Cette expérience m’a ouvert de nouvelles perspectives et m’a poussé à vouloir m’améliorer davantage dans ce domaine et pourquoi pas y tenter ma chance un jour.

Quel est votre lien avec le Maroc aujourd’hui ? Comptez-vous revenir vous y installer un jour ou pensez-vous rester aux États-Unis ?

Même si je suis installée aux États-Unis, le Maroc est mon pays de cœur avec lequel je garde toujours un lien très fort et la culture marocaine demeure très importante à mes yeux. Je reviendrais peut-être m’installer un jour au Maroc, mais en attendant, j’aime- rais contribuer à y développer le milieu de la mode.

Si vous deviez emmener une seule chose du Maroc avec vous, ce serait quoi ?

Ce serait sans doute ma famille. J’essaye de les voir autant que possible mais ce n’est jamais assez. Leur soutien est très important et ils m’encouragent toujours à donner le meilleur de moi-même.

Avez-vous rencontré des difficultés à vous intégrer dans le milieu de la mode en tant que femme arabe ?


Bien sûr, j’en rencontre énormément. En général aux États- Unis et en Europe, il n’y a pas beaucoup de femmes arabes dans ce milieu. En tant que designer, c’est plus facile mais pour un mannequin, c’est un vrai challenge. Certaines personnes ont toujours des clichés concernant la pudeur de la femme arabe et j’ai même parfois droit à des remarques du genre :  “Tu n’es pas censée porter le voile?”. Ces idées stéréotypées conduisent souvent certains créateurs ou photographes à travailler avec des mannequins occidentaux. Ceci dit, quand je suis confrontée à ce genre de situation, je prends toujours le temps d’expliquer mes convictions et mes valeurs, ce qui est en général apprécié et me distingue par rapport aux autres.

En tant que femme, vous sentez-vous plus libre aux États-Unis ?

J’aime beaucoup l’état d’esprit américain, c’est un pays qui offre beaucoup d’avantages dans la vie quotidienne et de nombreuses opportunités de travail. Cependant, le Maroc a toujours été un pays libre, ouvert et multiculturel à mes yeux, je n’ai donc pas vraiment senti une réelle différence. Selon moi, la liberté est un sentiment personnel.

Quelle est votre routine beauté ?

Je suis addict aux produits de beauté et toujours l’une des premières à essayer les nouveautés. Cette année, j’utilise les crèmes de soin du Docteur Obagi, l’un des meilleurs dermato- logues au monde. J’utilise aussi tous les jours le sérum Revi- talash pour les cils et deux fois par semaine, les masques de la marque GlamGlow. Enfin, une fois par mois, je fais un soin du visage pour nettoyer ma peau en profondeur.

Que trouve-t-on dans votre dressing ? Quels sont vos basiques ?

J’aime l’originalité, on y trouve donc beaucoup de pièces extravagantes. J’ai aussi tendance à acheter des pièces uniques. Aujourd’hui, j’essaye d’adopter des styles différents : rock, chic, classique... Je possède aussi beaucoup de basiques que je com- plète avec des accessoires, au gré de mes envies.

Quels sont vos créateurs préférés ?

Chanel sans hésiter, pour son côté indémodable. J’aime aussi beaucoup l’esprit “street” des créations de Balenciaga.

Quelle est la personne que vous admirez le plus ?

Mes parents. Grâce à eux, j’ai pu m’installer aux États-Unis et vivre mes rêves. Ils m’ont toujours encouragée et soutenue. Je ne prends jamais de décision sans les consulter.

Quels sont vos projets à venir ?

Je travaille sur une émission de télévision dans un pays arabe mais je ne peux pas en dire plus pour le moment. D’autres projets sont en cours mais toujours en attente de confirmation.

Photographie: Thomas Loubagny 
Stylisme: Oretta Corbelli
Coiffure: Virginie Pineda
Maquillage : Mina Abramovic
Manucuriste : Denise Bourne

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